Quel impact du Covid-19 sur le marché de la restauration ?

Retrouvez dans cette vidéo l’interview d’Erwan Lassalle, expert en transaction de fonds de commerce pour le Cabinet Michel Simond. Notre échange est résumé ci-dessous sous forme de synthèse.

Impact du coronavirus sur l'activité de transaction de fonds de commerce

Restaurateur Rentable : Quel est l’impact du Covid-19 sur ton activité ?

Erwan Lassalle : Pendant le confinement nous n’avons évidemment pas pu faire de visite, nous avons gardé le contact par téléphone ou visioconférence avec nos clients. Malgré tout, on a pu constater une certaine activité en terme de demandes d’informations, notamment de la part de personnes souhaitant changer d’orientation professionnelle. L’émergence de cette typologie de profil est souvent liée aux crises majeures comme celle que nous traversons actuellement, qui favorisent les remises en question et les choix de vie.

Dans les points positifs, on peut noter que la Bretagne a toujours la côte auprès des investisseurs et acheteurs de la région parisienne qui y trouvent un marché raisonnable en terme de prix.

RR : Donc pas vraiment de démotivation du côtés des acheteurs… Qu’en est-il des clients que tu as récemment installés ?

EL : Nous avons un rôle de soutien, notamment pour s’assurer que toutes les démarches possibles (Prêt Garantie par l’Etat, décalage des loyers, décalage des charges…) soit bien mises en place dans la mesure du possible. 

RR : Le secteur du CHR représente 70% des transactions du Cabinet Michel Simond, dans quel état se trouve vos clients restaurateurs en ce moment ?

EL : C’est 50-50, il y a ceux pour qui la situation évoluera favorablement et pour qui la vie continue… et d’autres plus inquiets qui ont préféré mettre de côté leur projet en attendant que la situation s’éclaircisse. 

RR : Que s’est-il passé pour les clients qui étaient en cours de signature ?

EL : Sur le secteur dont je m’occupe autour de Vannes, nous avions 4 signatures de compromis de vente en cours avec accord bancaire. Une seule personne a décidé de mettre son projet en suspens (en particulier à cause des mises en garde reçues lors des formations obligatoires). Mais globalement, l’activité reste soutenu avec de beaux projets comme la création d’un restaurant avec un investissement en travaux de 200.000€.

RR : Quel est le délai entre le moment où je te rencontre pour la première fois en tant que vendeur et la vente de mon affaire ?

EL : Il y a une dizaine d’année, ce délai était d’environ un an, il est aujourd’hui de 23 mois. Pour le moment la crise du Covid-19 n’a eu aucun impact sur ce délai de vente. En revanche, l’impact de cette crise sur le chiffre d’affaires des restaurants pour l’année 2020 est tel que 2019 sera l’année de référence pour toutes les affaires qui seront vendu cette année et même l’année prochaine. 

RR : Depuis le début de cette crise, as-tu rencontré des clients très pressés de vendre et à l’inverse des acheteurs “opportunistes” ?

EL : Effectivement, nous avons ressenti  une grande inquiétude chez nos clients dépendant essentiellement du tourisme comme les campings. Quant aux acheteurs en quête d’opportunités, il y en a toujours et cela peut même avoir un impact très positif dans certains cas où les vendeurs souhaiteraient se retirer rapidement. 

Quel impact sur la valorisation des restaurants ?

Concernant les prix de cessions, on s’attend à une diminution ou au moins à une stabilisation du marché. Notamment pour certains lieux très prisés comme le bord de mer, où les prix de cession dépassaient allègrement les 100% du chiffre d’affaires il y a encore quelques années. Aujourd’hui ces prix se sont stabilisés autour de 70-80% du CA, alors que dans les terres, ce prix avoisine plutôt les 50-60% du CA. Mais le chiffre d’affaires n’est plus l’indicateur majeur pour déterminer le prix de cession, nous raisonnons désormais de plus en plus en terme de rentabilité en utilisant l’indicateur de l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE). Pour les emplacements privilégiés, le prix de vente est d’environ 2,5 à 3 fois l’EBE. Il ne s’agit donc plus de faire “grossir” le chiffre d’affaires à tout prix, mais plutôt de faire en sorte de développer la rentabilité.

RR : C’est très intéressant Erwan, nous touchons au thème central de ce blog, qui est de sensibiliser les restaurateurs à cette notion de rentabilité. As-tu un exemple à nous donner ?

EL : A titre d’exemple, nous pouvons comparer une crêperie et un restaurant gastronomique ou traditionnel. Pour un chiffre d’affaires de 160-170k€, une crêperie a une marge proche de 80%, une masse salariale réduite et un EBE (hors rémunération du gérant) d’environ 80k€. Pour trouver le même niveau de rentabilité dans un restaurant traditionnel il faudra compter entre 300k€ et 400k€ de chiffre d’affaires. 

Il est toujours délicat de comparer deux restaurants, même avec un chiffre d’affaires similaires. En effet, ces affaires auront certainement des différences en terme de coût des loyers, de consommation d’énergie, de typologie ou encore d’aménagement (grande terrasse, plusieurs salles, plusieurs étages…). Le loyer est le premier indicateur qui peut faire varier la rentabilité d’une affaire. Idéalement, il doit être compris entre 5% et 7% du chiffre d’affaires mais il n’est pas rare de voir des loyers compris entre 8% et 10% et voir même 15% à 20% dans certaines galeries commerciales. Mais dans ces cas, nous avons de moins en moins d’acheteur car économiquement, il est très difficile de reverser 15 à 20% de son CA à son bailleur.

Pourquoi faut-il se projeter sur une éventuelle revente ?

RR : Tu mets souvent l’accent sur la revente… même au moment de l’achat ?

EL : Effectivement, c’est l’expérience qui parle, il faut toujours avoir à l’esprit la revente de l’affaire, même à court terme. Même si on envisage le meilleur au moment d’acheter une affaire, il faut toujours se projeter sur différents scénarios négatifs (ne pas se plaire dans l’affaire, avoir des problèmes de couple ou de santé, etc.). Anticiper une revente rapide sous 1 à 2 an(s) permet de garder une certaine prudence lors de l’achat, et d’être vigilant quant à la rentabilité de l’établissement qui aura un impact direct sur la capacité d’autofinancement.

Cession de fonds de commerce ≠ cession de parts sociales

RR : Jusqu’à présent tu réalises l’essentiel de tes transactions sur des fonds de commerce mais il est aussi possible d’acheter sous forme de parts sociales. Peux-tu nous expliquer ?

Effectivement, il y a encore une dizaine d’années, la cession de parts sociales en restauration était assez confidentielle. Cette solution était plutôt utilisée dans l’hôtellerie pour des niveaux d’investissement compris entre 2 et 3 millions d’euros. Mais la fiscalité a été allégée par le président Macron, notamment concernant la taxation des dividendes à 30%, ainsi que la possibilité de bénéficier d’un abattement dérogatoire lors d’un départ en retraite. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui la plupart des ventes pour cause de départ en retraite se réalisent en parts sociales. 

Comment anticiper l'avenir ?

RR : Dernière question, comment vois-tu l’avenir dans les 6 à 12 prochains mois ?

EL : De notre côté, nous sommes assez optimistes. Beaucoup attendent la réouverture des restaurants et des cafés pour retrouver de la convivialité. Concernant l’évolution du marché de la transaction, je pense qu’il y aura de plus en plus de personnes qui souhaitent changer de vie et donc d’orientation professionnelle pour devenir leur propre patron. Cela impactera favorablement les commerces multi-services présents dans les bourgs comme les bars-tabac, qui ne bénéficient pas de situation géographique exceptionnelle, mais d’une bonne rentabilité et d’un lien social fort. 

Ce phénomène est bien connu en Bretagne, il est accentué depuis quelques années par la “quête” d’une meilleure qualité de vie de la part des nouveaux acheteurs. 

Concernant une éventuelle correction des prix de cession, nous attendrons de voir l’évolution des prix de l’immobilier résidentiel, qui est pour nous l’indicateur principal car pour la majorité des primo-accédants, c’est la vente d’un bien immobilier qui sert d’apport à l’investissement professionnel. Donc si l’apport diminue, les offres de prix seront limitées. 

RR : Erwan, merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

EL : Merci, à très bientôt

Recevez gratuitement les dernières fiches pratiques...

…et autres articles, vidéos, offres spéciales et autres conseils pour réussir l’ouverture de votre restaurant !

Nous suivre sur les réseaux sociaux

Les 5 clés pour réussir l'ouverture de votre restaurant

Télécharger gratuitement pour découvrir les 5 points clés à prendre en compte avant d'ouvrir votre restaurant
KDO

Je m’appelle Pierre Joly, j’ai commencé ce blog en tant que restaurateur primo-accédant, pour partager avec vous ma progression, mais surtout toutes les infos, astuces, galères et autres péripéties qui font le charme de ce métier ! Vous trouverez dans ce blog un maximum d’articles concrets pour réussir à rentabiliser votre restaurant dès son ouverture 😄. Je partage avec vous ce que j’apprends tous les jours en synthétisant les informations que je trouve un peu partout.

Cet article vous a plu, n'hésitez pas à le partager :

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn
Partager sur email
Email

Laisser un commentaire

On reste en contact

Vous recevrez gratuitement mes derniers articles, vidéos, podcasts, offres spéciales et autres conseils pour vous aider à créer et développer votre restaurant. Je hais les spams, votre adresse mail ne sera jamais cédée ni revendue. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

A très vite !